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A Kheira, ou le vendredi noir.
La vie vous marque parfois, comme le faisaient les cow boys de l’ouest américain pour le bétail. Il y’a des évènements que nous n’oublierons jamais … Nous les emportons avec nous dans l’au-delà … A savoir… Le vendredi 10 octobre fut une date fatidique pour moi … Une boule de feu. Toujours allumée … Incommensurable. Plus j’avance dans le temps, plus cela devient insupportable. Cette situation projette sa victime aux abysses d’une schizophrénie indescriptible. Envahissante, douloureuse, rageante, énervante.
Je ne pourrais l’oublier et je ne veux pas le faire. L’oubli fusse-t-il si bénéfique reste encore, comme les prémices de la mort , l’antichambre en quelque sorte. Le matin de ce vendredi, jour de piété. Jour de repos aussi. Je me réveille à 11h du matin. Après une grasse matinée bien méritée. Elle vient me dire au revoir … Elle doit rejoindre son institut. Elle voulait profiter de quelques heures de répit pour ses révisions. Elle avait un examen de dernière année…. Elle m’a promis de m’aider à m’acheter une bagnole une fois qu’elle commencera à travailler. J’en avais besoin à cette époque , pour m’éviter les soubresauts et les aléas des transports en commun.. Heureusement qu’il y’a le rêve qui fasse vivre. Un rêve doux, mielleux qui vous traverse chaudement la gorge. Vous avanceriez surement.
Elle me secoue… je me réveille difficilement ; je voyais ma mère ave son haik, debout derrière elle. Elles étaient toutes les deux belles et joyeuses. Je proposais de patienter et que je la ramènerais tout à l’heure vers quinze heures à destination. Elle refusa ma proposition, soutenue par ma mère.
Je me jetais encore dans les bras des Morphée. Son étreinte m’étouffais . Je me lève. J’entame un vendredi comme les autres à la différence prés qu’on sentait, comme par un sixième sens , que celui-ci ne sera jamais comme les autres.
Le muezzin de Sid ahmed restait muet…. Les gens vaquaient à leurs occupations. Il était treize heures vingt trois minutes. Un grondement assourdissant se fait entendre. La terre se retire d’en dessous nos pieds. Les murs vacillent. La lampe au plafond oscillait. De la poussière tombait des murs qui craquaient … On ne sait quel Djin frappait –il avec autant de violence, créant, une agitation incroyable et difficile à contrôler. J’habitais l, une vieille bâtisse de Bennounès. Onze familles occupaient cette espace depuis l’indépendance .Il ne nous reste que nos pieds pour seul moyen d’éviter le pire. Imaginez la cohue qui s’est créée dans le couloir, seule issue possible d’accès à la rue.. On se retrouve, tous, dans cette charmante artère qui porte joliment son nom : La rue des frères Dellouci, ex rue de Tanger. La panique envahit les lieux et les espaces, les personnes et les murs , les faisant trembler de peur mêlée à une angoisse qui se laisse lire sur les visages blêmes. La fin du monde criait-on à tue tete. Les femmes hurlaient hystériquement. Les enfants s’agrippaient aux jupes et pantalons. Les vieilles invoquaient le bon dieu et tous ses saints… Les trente secondes qu’a duré l’évènement paraisse une éternité. On commence à réaliser ce qui nous arrive : la terre , cette bonne terre stable et nourricière a bougé sous nos pieds !
Pour les anciens, les vieilles personnes, le rappel fut immédiat. Ils se souviennent d’un épisode de la fameuse histoire de la terre : Les tremblements de terre d’Orléansville (El-asnam, puis cheliff). Des histoires qui nous paraissaient lointain et incrédules par moment. On se croyait à l’abri. La première fois que nous perdions confiance en cette terre, campagne de l’homme et de ces prouesses.
On ignorait l’effet. Bien qu’on entendait parler sur les journaux, les chaines de télévision, les manuels scolaires et autres. La donne a changé. Les conséquences de fuites psychiques et spirituels s’en suivirent. Aboutissement forcé vers une société apeurée, vidée de ses espoirs . La vie perdit la sève de ses nobles valeurs .. On se retranche. Tel l’hérisson. Nous reprimes nos esprits ; une phénomène que je n’arriverai jamais à m’expliquer attira mon attention. Un chatouillement collectif causant des rires hystériques s’empara de l’assistance. Cela dura un bon moment. On se raconte les évènements, avec insistance et force gesticulation, accompagnant nos récits de ces rires forcés et instinctifs. Une simple secousse, a secoué les esprits et éveiller en nous, nos réactions innées, animal. On cherchait à éloigner cette peur brusque qui nous a saisie.
La première pensée s’oriente vers ma mère . Elle doit être arrivé à cheliff … Le chaos s’installe. Je cherchait un moyen pour rejoindre la ville d’El asnam. Je ne trouve aucun taxieur ou ami disponible pour cette opération. Je commence à perdre mes forces au fur et à mesure que je recevais des informations sur la situation à Cheliff… On commençait même à raconter une histoire sur une vielle dame, qu’on a rencontré sur les décombres d’une ville dévasté , poussiéreuse , pleine de corps et de gravas , assise sur les décombres elle pleurait sa fille … je demandais des précisions en essayant de me rappeler ce que pouvait porter ma mère ce jour là. Je ne me contrôle plus … mon cerveau creuse dans des idées et des méandres disparates. Les parallèles s’installent et occupent mes pensées. L’apocalypse et ses cavaliers s’édifient dans les pensées et les raisonnements. Qu’est ce qu’ils nous arrivent … je l’ignore
Quelques heures de calvaire. Les aiguilles de l’horloge de la ville affichait dix huit heures. Je me suis installé au niveau du jardin publique. Ainsi je pourrais contrôler les entrées et sorties de la ville… Pour des nouvelles ou des moyens de locomotion… Une vielle camionnette, Fiat bleu, débouche sur le boulevard. Je scrutais l’intérieur, essayant de distinguer les personnes qui occupent le siège avant…. Elle est revenue …Un soulagement m’envahit … je croyais que tout allait bien. Je me suis trompé… Elle avait le visage ensanglanté, plein de poussière que les larmes ont fixé sur ses joues entourant des yeux aussi brillant qu’une lune de solstice … Un pincement au cœur m’accabla.. je suivis la camionnette en courant. M.Mohamed Elfoul , une personnalité sportive me raconta par la suite qu’il l’a vu et il a compris … il a laissé libre cour à ses larmes chaudes… Moi, je n’ai pas compris…
J’arrive à la maison que je trouvais un peu plus populeuse que d’habitude. Ma sœur est morte.. ;elle est morte … Morte .. . Ma mère me pris dans ces bras dans une étreinte que seules les mères en sont capables … : « Ahmed .. Kheira est morte…. »
Que la terre tremble, je n’oublierai jamais ce jour … Ce vendredi.. Le vendredi noir ..
Elle s’appelait Kheira. Elle a tiré sa révérence un certain vendredi 1980. Un dix Octobre ensoleillé.
Une abdounia comme on en toujours fait ce lycée… Une gentille, douce, humaine, belle , telles ses amies, qui a chaque fois que je les vois dans la
rue …je me dis, j’ai des sœurs encore en vie …Les abdounates bien sur…..